L'Organizationalisme

Préface

De nombreux sociologues ont déjà abordé le concept de système et étudié la théorie des systèmes en sociologie. Cependant, ce qui est nouveau dans ce livre, c’est :L’utilisation du système comme un outil puissant pour le mouvement, la transformation et les changements ciblés dans la société. En d’autres termes, comprendre la structure systémique (organisationnelle) de la société est un outil puissant. Si l’on parvient à en structurer précisément les éléments selon les caractéristiques énoncées dans ce livre, il sera possible d’engendrer un développement significatif, une transformation et des changements dans la société.

La connexion systématique et l’interrelation infinie de tous les systèmes entre eux, qu’ils soient sociaux, économiques, physiques, mécaniques, botaniques, célestes, nucléaires, ou, en général, naturels, artificiels, réels ou virtuels, et ainsi de suite. Ces relations peuvent exister entre tous ces systèmes.

Bien que la structure du livre soit présentée comme un système interconnecté, je sens qu’il reste beaucoup de choses non dites. Un écrivain ne peut jamais mettre un point final à son travail, car personne ne peut se considérer comme ayant atteint la perfection. À mon avis, cela n’est pas un signe de myopie ou, pour le dire franchement, de folie. Je crois qu’un écrivain, au moment de la mort (s’il a l’opportunité de réfléchir), se sentirait

encore plus incomplet et regretterait de ne pas avoir achevé certaines tâches.

Le livre L’Organizationalisme, qui introduit une nouvelle théorie en sociologie, ne doit pas être considéré comme terminé. Si nous devions discuter de chaque type de système et les analyser précisément du point de vue de l’Organizationalisme, ou ouvrir de nouveaux chapitres sur des sujets comme la relation entre développement et Organizationalisme, nous découvririons de nombreux aspects non dits. Cependant, il est préférable de laisser plus de temps aux chers lecteurs, afin qu’après avoir reçu des critiques ou des retours d’experts, je puisse rédiger un supplément. Bien entendu, si je n’ai pas le temps de le faire, je le laisserai aux générations futures qui réfléchiront à ces idées.

Dans l’écriture de ce livre, j’ai essayé d’éviter au maximum les digressions inutiles et l’excès de détails. Bien sûr, cette attention à la concision a parfois rendu le matériel dense, mais j’espère que cette densité ne conduit pas à des malentendus.

Je prie humblement tous les lecteurs respectés de partager leurs critiques et leurs commentaires avec moi.

 L’adresse e-mail de l’auteur est: ostadyar1403@gmail.com

 Fereydoun Kamran   Été 2024

 

 

Introduction

L’organisationalisme est en réalité une analyse sociologique systémique qui accorde une primauté à l’organisation en tant qu’entité cohérente, structurée selon des principes et des lois systémiques. Il considère l’organisation comme le facteur et le moteur le plus puissant du mouvement et du développement de la société.

Aucun des facteurs de production, qu’il s’agisse de la terre, de la technologie, de l’eau, de la main-d’œuvre ou du capital, ne peut contribuer au développement et au progrès de la société sans l’aide d’une organisation structurée et de l’établissement de relations sociales régulées.

La main-d’œuvre d’une société, si elle ne prend pas une forme systémique, même l’éducation des meilleurs experts, l’introduction des technologies les plus avancées ou la possession des terres, des ressources en eau, des mines, des installations et des moyens de production les plus fertiles ne permettront pas à la société de progresser, se transformer ou se développer.

Une organisation sociale ne peut avoir une existence tangible, stable et efficace que si les conditions systémiques analysées dans ce livre y sont appliquées.

Bien que la société soit composée de différentes institutions, et que chaque institution forme diverses organisations pour atteindre ses objectifs, la loi des relations vastes et infinies entre les systèmes ouverts oblige à considérer la société comme un système intégré et cohérent, constitué de sous-systèmes interconnectés selon des règles définies.

La société est un système composé de sous-systèmes tels que la famille, l’économie, la politique, l’éducation et la culture idéologique, tous interdépendants et interconnectés. Tout changement dans l’un de ses éléments affecte les autres. Ainsi, aucun élément ne peut être considéré comme supérieur aux autres. Cette manière de penser serait comparable à considérer le système digestif comme supérieur au système circulatoire ou nerveux dans le corps humain, alors qu’ils sont tous étroitement liés. Si l’un d’entre eux vient à manquer, les autres ne fonctionneront pas non plus. Si l’un change, les autres doivent s’adapter, sinon l’ensemble du système sera perturbé. C’est pourquoi nous considérons l’organisation comme un véritable système social, de sorte qu’aucun changement ou mouvement dans la société ne peut être réalisé ou efficace sans l’appui de ce système.

Les éléments d’un système peuvent avoir une fonction modeste en dehors de leurs relations systématiques. Toutefois, cette fonction est négligeable et secondaire. Tandis que la fonction du système en soi est immense et infinie. Par exemple, comment peut-on comparer la fonction d’un système mécanique tel qu’un avion ou d’une grande usine avec celle d’un de ses vis ou même d’un sous-système, en dehors de leurs relations systémiques ? Ou encore, comment peut-on comparer la fonction d’un être humain, en tant que système organique réfléchi, actif et pensant, avec celle de ses composants ? Peut-on imaginer que le cerveau humain puisse penser sans interagir avec les autres composants du corps, éprouver l’amour ou la haine ? Ces fonctions exceptionnelles résultent des interactions réglementées entre les éléments. C’est pourquoi ce n’est pas la valeur des composants individuels, mais l’organisation dans son ensemble qui importe en tant que système social.

L’étude sociologique du système, ou “système” en latin, bien qu’elle soit débattue depuis près d’un siècle par les experts en sciences humaines, a souvent vu ces derniers se concentrer sur une partie de ce système, en négligeant l’aspect intégré et structuré de la société dans son ensemble. Cependant, le système ne doit pas seulement être vu comme une théorie, mais aussi comme une méthode de recherche et d’enquête, car nous croyons que l’analyse systémique de la société elle-même constitue une méthodologie. Cette approche nous aide à comprendre et à analyser précisément la société moderne.

L’analyse systémique de la société nous permet non seulement de maîtriser différentes perspectives sociologiques, mais aussi de ne considérer aucune théorie comme étant la vérité absolue ou la seule voie pour résoudre les défis, problèmes et défaillances sociales. Lorsque la structure sociale ne parvient pas à résoudre les problèmes sociaux, il est nécessaire de la réformer par des réformes sociales, et non de maintenir une structure ancienne, faible et défaillante.

Finalement, l’analyse systémique est un outil qui permet au sociologue de non seulement mieux comprendre les questions sociologiques, mais aussi de saisir les relations complexes entre les différentes composantes sociales dans la société moderne, enrichissant ainsi sa compréhension sociologique.

Cette méthode d’étude, fondée sur une approche interdisciplinaire, nous permettra de d’abord étudier les éléments dépendants d’un tout social, avec toute leur flexibilité et leurs capacités d’adaptation. Ensuite, cette méthode, bien plus qu’une approche théorique et descriptive, pourrait être vue comme un ensemble d’éléments prévus et dirigés.

Ainsi, l’analyse systémique pourrait être utilisée comme une méthode pour mieux comprendre les sujets, plutôt que comme une simple théorie. En particulier, l’objectif principal de la sociologie est d’éclairer les formes sociales objectives afin que ses membres intellectuels puissent organiser leurs observations pour interpréter et analyser la société sous ses différentes formes.

Cependant, cette approche rencontre des défis. Le premier défi est l’adaptation de la théorie à l’expérience. En effet, lorsqu’il y a une grande quantité de données dispersées dans les études empiriques, il est difficile de les intégrer facilement dans un cadre théorique. De même, un cadre théorique ne peut s’appliquer aux données empiriques que si ces données ont été traitées dans un cadre limité. Plus le nombre de données est important, plus les différences et les diversités dans les études sociales se multiplieront, rendant difficile leur intégration dans une seule perspective théorique. Un autre défi est l’ouverture des systèmes, en particulier des systèmes sociaux, qui sont vastes et incalculables. Le chercheur en sociologie qui adopte une analyse systémique des systèmes sociaux devra inévitablement ignorer les influences infinies des autres systèmes ou les supposer comme constantes. En d’autres termes, le chercheur aura toujours besoin de délimiter le système qu’il étudie, tout en reconnaissant l’ouverture de ce système.

L’analyse systémique nous conduit inévitablement dans une approche scientifique. La méthode scientifique ne peut, et ne doit, pas être réduite à une réalité objective. Comme le souligne Yves Barel :

« Ce qui est, laisse toujours une place à la possibilité de ce qui aurait pu être. L’existence dominante est toujours un type parmi les formes potentielles et possibles de ce qui aurait pu être. » (Y-Barel 1973)

L’étude des possibilités potentielles fait partie intégrante de la méthode scientifique, car cette approche nous permet d’avoir une vision plus claire et plus justifiable de l’existence dominante. Cette compréhension précise de ce qui existe rend possible la reconnaissance des possibilités potentielles qui, à l’heure actuelle, n’ont pas encore de réalité objective. C’est pour cela que l’étude systémique est indissociable de l’analyse des conditions potentielles. Aujourd’hui, plus que jamais, les sciences sociales sont capables de répondre aux questions et mécanismes des sociétés contemporaines, même si ces sciences révèlent que les carences existant dans la société ont généré des observations dans un cadre théorique relativement unifié. Néanmoins, de telles attentes analytiques proviennent en grande partie des formes sociales de la société, dans la mesure où les acteurs sociaux, influencés par les progrès des médias et la diffusion rapide de l’information (médias numériques), sont très rapidement impactés par eux. Cela semble aujourd’hui parfaitement naturel. L’analyse doit donc accepter certaines limites propres à la minimisation de sa dépendance à des idéologies théoriques. Autrement dit, il faut éviter de tomber dans la philosophie sociale dominante des XIXe et XXe siècles, ainsi que dans des projets de prévision non scientifiques.

De plus, dans le cadre de l’analyse sociale, la méthode analytique multidimensionnelle et approfondie doit être renforcée pour étudier les ensembles ou sous-ensembles homogènes. Ces formes d’ensembles ou de sous-ensembles peuvent précisément être élaborées à travers l’analyse systémique. En fin de compte, l’analyse du système d’une structure sociale future doit insister sur les points suivants :

1. Les relations et dépendances mutuelles et intenses entre les variables.

2. La classification de ces corrélations, car il semble que dans les systèmes sociaux, des interactions de type linéaire, non linéaire, dynamique et cybernétique, etc., se manifestent.

3. La mesure des interactions en termes d’intensité ou de décalage de phase provoqué par l’interaction.

4. L’observation de l’insensibilité et de la résistance de certains éléments ou variables face aux interactions et les réactions convergentes ou divergentes qui en découlent.

5. L’évaluation systémique en mettant l’accent sur une approche objective, en particulier par le choix de variables stratégiques.

L’analyse systémique ne doit donc pas être vue comme une « super théorie » capable de réaliser une synthèse gigantesque des sciences humaines, mais plutôt comme un ensemble de méthodes pratiques dont les inconnues sont nombreuses et diverses. Peut-être l’analyse systémique de la société est-elle un moyen de mieux expliquer les données dans le cadre d’une théorisation analytique. Une théorie qui pourrait examiner, critiquer et réévaluer les relations entre les différentes parties d’un système pour augmenter et maximiser ses fonctions. Une théorie qui pourrait aussi mettre en évidence les liens entre le développement d’un élément ou d’un sous-ensemble d’un système et le développement, la transformation ou le changement de l’ensemble du système. Par exemple, elle pourrait dévoiler la relation entre le développement régional et le développement global d’une société, ainsi que le système de relations entre ces deux dimensions.

Ici, le terme « système » désigne l’ensemble des moyens et ressources, qu’ils soient humains ou non humains, mis en œuvre pour atteindre un objectif précis ou réaliser une fonction prédéfinie.

La méthodologie marxiste met l’accent sur le conflit. Elle considère que la force motrice du changement social réside dans le conflit. En revanche, la sociologie organisationnelle se concentre sur l’équilibre. Nous considérons ici la société comme un système qui, pour se maintenir en mouvement et survivre, doit constamment préserver son équilibre. Chaque fois que cet équilibre est perturbé, elle se lance dans un processus de récupération, en utilisant des forces internes et externes pour restaurer l’équilibre, sans quoi elle est condamnée à la disparition. Les systèmes fuient le déséquilibre, car celui-ci les mène à la mort et à la désintégration. Ils luttent pour maintenir cet équilibre et parfois résistent à tout changement ou, au contraire, acceptent des transformations pour atteindre un nouvel équilibre, devenant ainsi flexibles et adaptatifs sur le plan structurel.

En résumé, l’analyse systémique repose sur les hypothèses de base suivantes :

1. L’accent sur la relation entre les éléments en tant que données primaires, et non en tant qu’éléments isolés et indépendants.

2. La conception du système comme une totalité et une globalité.

3. La logique des relations entre la partie et le tout.

4. L’importance de la diversité des niveaux.

5. La reconnaissance de l’insuffisance des méthodes d’analyse purement systémiques et la possibilité d’utiliser une analyse causale (de cause à effet), en fonction des besoins des sciences sociales.

La théorie systémique doit donc être capable de fusionner les théories sociologiques de l’équilibre avec celles du conflit. Même si cette fusion soulève des questions complexes.Un autre aspect positif de la perspective systémique réside dans sa capacité à favoriser l’interdisciplinarité. L’analyse systémique permet de relier toutes les sciences entre elles. En effet, cette vision nous oblige à prêter attention aux domaines d’autres sciences sociales pour permettre des progrès dans ces mêmes domaines.

Ainsi, si nous analysons la société sous l’angle large du système, nous serons capables de mettre fin à de nombreuses divergences et dogmatismes théoriques en sociologie et dans d’autres sciences théoriques. Par exemple, les anthropologues culturels, avec leur approche théorique, affirment que la racine de tous les problèmes et défaillances dans la société réside dans les facteurs culturels. Selon eux, si les problèmes culturels sont résolus, la société deviendra efficace, avancée et prospère. Les économistes, quant à eux, voient la racine des défaillances sociales dans l’économie, affirmant que la résolution des problèmes économiques résoudra les problèmes sociaux, politiques et culturels. Les politiciens privilégient les activités politiques et trouvent la racine de tous les dysfonctionnements sociaux dans l’ineptie des dirigeants politiques. Les psychologues, de leur côté, considèrent que les problèmes trouvent leur origine dans les comportements individuels, et croient que si ces comportements changent, la société elle-même changera. Au-delà de cela, au sein même de ces disciplines, des contradictions et divergences théoriques apparaissent. Par exemple, les fonctionnalistes s’opposent aux structuralistes, et inversement. Certains considèrent la religion comme facteur de progrès, tandis que d’autres la rejettent. Certains exaltent l’argent, d’autres placent l’existence humaine au centre. Certains considèrent la raison comme principale, d’autres privilégient les sens. Cela évoque l’image de l’éléphant parmi les aveugles, où chacun le décrit de manière partiale en fonction de sa perception limitée, tandis qu’aucun d’eux ne perçoit l’éléphant dans sa totalité.

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