
Biographie du Dr Fereydoun Kamran
Heureusement, je suis encore en vie, alors il vaut mieux que j’écrive moi-même ma biographie, à la première personne.
Je suis né le vendredi 20 février 1953 (1er Esfand 1331 du calendrier persan) dans une famille de classe moyenne, attachée à la culture. Bien que ma venue n’ait apporté aucun bénéfice particulier au monde, j’étais si pressé de naître que je suis arrivé prématuré, au bout de sept mois seulement ! Pendant quarante jours, j’ai été élevé sur les genoux de ma grand-mère, emmailloté dans du coton, ce qui faisait alors office d’incubateur. La différence, c’est que ses genoux m’ont porté toute une vie, me rappelant sans cesse ses épreuves.
Ma naissance coïncidait avec les bouleversements politiques et sociaux liés au coup d’État de 1953. À Dezfoul, ville agricole dominée par les propriétaires terriens, la petite bourgeoisie urbaine descendait dans les rues pour manifester son mécontentement.
Famille et maison d’enfance
Mon père se considérait comme commerçant, mais la famille vivait toujours dans la précarité, car ses engagements politiques et sociaux lui laissaient peu de temps pour gagner correctement sa vie. Notre vieille maison, située dans le quartier de Shah Rokneddin, au cœur de la ville, était entourée des familles les plus audacieuses et souvent les plus téméraires des notables locaux.
L’étage supérieur de la maison était divisé en deux parties. L’aile est, avec sa grande pièce, sa vaste véranda et sa cour, abritait la famille de ma grand-mère et portait le surnom « ou boom » (l’autre terrasse). Lors de certaines journées du mois de Safar, on y déroulait des tapis pour organiser les cérémonies de deuil en mémoire de l’Imam Hossein.
L’aile ouest, en revanche, était le logement de notre petite famille : mes parents, mes deux sœurs et moi. À l’époque, un foyer si peu nombreux était exceptionnel à Dezfoul. Nous n’avions qu’une pièce tapissée, servant à la fois de salon, de chambre et de salle de réception. L’autre pièce, sans tapis, servait parfois à mes pigeons, que mon père m’achetait, mais que les chats sauvages du quartier dévoraient souvent.
Une curiosité précoce
Mon enfance fut marquée par une curiosité insatiable. Je démontais tout : jouets, ustensiles, outils, dans l’espoir d’en découvrir les secrets. Je mélangeais huile, épices et tomates séchées dans la cuisine, fuyant lorsque ma mère me surprenait. Ma grand-mère et mes tantes m’appelaient « dizom-kar », terme dezfouli désignant un enfant turbulent et casse-cou.
À trois ans, j’ai été interdit de bains publics féminins, car je fixais naïvement les femmes dans leur nudité bruyante. À quatre ans, j’ai mené ma première entreprise : vendre des sucettes en forme de coq (jooje-khooros). J’avais ouvert mon petit commerce devant la maison de mon grand-père maternel, près de l’école des filles, et en quelques minutes, tout était vendu. Encouragé par mes parents, ce commerce devint mon occupation quotidienne avant l’école.
Scolarité
En 1959, j’ai été inscrit à l’école primaire Sepah de Dezfoul. Certains enseignants m’ont profondément marqué : l’un, atteint de troubles mentaux, rétrogradait les enfants pour le moindre bruit ; un autre, M. Naji, faisait quotidiennement pleurer les plus faibles en leur infligeant des coups de baguette. J’ai fini par changer d’école, et c’est à l’école Dehkhoda que mes talents ont véritablement émergé, grâce à un maître bienveillant.
En 1965, j’ai intégré le lycée Qotb. L’établissement avait la réputation d’accueillir des professeurs instruits, souvent exilés de Téhéran après le coup d’État, ce qui enrichissait l’atmosphère intellectuelle de la ville. Malheureusement, au moment où j’y suis entré, beaucoup avaient été remplacés par des enseignants peu qualifiés, venus de l’école primaire, et mes souvenirs de cette époque sont amers.
Adolescence
Mon adolescence a coïncidé avec une grave crise économique. Mon père, généreux et très impliqué socialement, a été durement frappé par la faillite de nombreux petits investisseurs ruinés par la réforme agraire. Pour l’aider, je me suis plongé dans le commerce familial de tapis, négligeant mes études. J’ai été renvoyé à plusieurs reprises, redoublant des classes, mais ces échecs m’ont appris à ne compter que sur moi-même, à mettre mes devoirs scolaires en priorité et à refuser la tricherie. Ces leçons m’ont permis de progresser et de rejoindre les bons élèves.
Années universitaires
En 1973, j’ai été admis à l’École d’économie de Qazvin. Parmi mes professeurs figuraient des personnalités telles que le Dr Asadollah Mobasheri (futur ministre de la Justice), le Dr Madani (futur commandant de la Marine), et d’autres intellectuels écartés de l’Université de Téhéran. Leur influence a profondément marqué mes idées et ma vision du monde.
Service militaire et Révolution
En juin 1977, j’ai commencé mon service militaire, en pleine agitation politique. Mon inclination pour le peuple m’a valu de nombreuses difficultés. Après la victoire de la Révolution islamique, mon service prit fin en mars 1979. Peu après, je me préparai à poursuivre mes études en France.
Études en France
De 1979 à 1980, j’ai étudié la langue française à la Sorbonne, avant de travailler à Strasbourg, puis de poursuivre mes études à Toulouse. J’y ai suivi deux cursus : économie et planification rurale d’une part, sociologie d’autre part, à l’Université des sciences sociales de Toulouse (Arsenal et Mirail). Pendant six ans, j’ai étudié et rédigé une thèse remarquée par mon directeur, le Professeur Bertolo, qui écrivit à la présidence de l’université pour souligner la valeur de mon travail.
En 1986, j’avais obtenu deux maîtrises et deux doctorats. Je suis alors rentré en Iran.
Carrière académique en Iran
J’ai d’abord enseigné à l’Université de Shiraz, puis à l’Université islamique Azad de Shahrud, où j’ai dirigé la recherche et la faculté de sciences humaines. En 1989, j’ai rejoint l’Université Bu-Ali Sina de Hamedan, où je suis devenu chef du département de sociologie. Mais mes positions et le contexte politique m’ont valu d’être écarté malgré la protestation des étudiants et des collègues.
Refusant l’exil, j’ai fondé en 1991 l’Institut Daneshyar, un centre indépendant d’enseignement supérieur, de recherche, de formation et d’édition, qui acquit rapidement une solide réputation.
Entre-temps, ma fille Niousha est née en 1990, et mon fils Arya en 1997. Aujourd’hui, elle est spécialiste en gastro-entérologie pédiatrique et lui docteur en pharmacie.
Engagements ultérieurs
En 1992, j’ai intégré l’Université islamique Azad, d’abord à Téhéran Sud, puis à Rudehen. J’y ai poursuivi mes activités d’enseignant et de chercheur, tout en restant fortement impliqué dans l’Institut Daneshyar. À plusieurs reprises, mes collègues m’ont élu à des postes de direction malgré mes réticences, et j’ai assumé la responsabilité des masters en 2008.
Après près de trente ans d’enseignement universitaire, j’ai choisi de prendre ma retraite pour me consacrer à une théorie qui m’est chère : l’« organisationisme ».
Conclusion
Ainsi s’achève le récit de ma vie, pleine de soubresauts. Si je voulais en rapporter chaque détail, il faudrait des volumes entiers – et vu le prix du papier, cela n’aurait peut-être même pas de justification économique !
« Vis de telle manière que, si ton pied venait à trébucher,
tes anges te soutiennent de leurs deux mains. »