
La Loi de l’Auto-Régulation
La cinquième loi qui régit les systèmes est la loi de l’auto-régulation. En d’autres termes, l’existence d’un système dépend de son pouvoir d’auto-régulation. Sans la dominance d’une telle loi, les systèmes ne peuvent pas survivre longtemps.
Chaque système, qu’il soit artificiel ou naturel, nécessite un mécanisme qui signale les écarts par rapport à son chemin naturel, normal, prédit ou correct, et active un système d’alarme. Si un système ne possède pas un tel mécanisme, la corruption, la dégradation et l’écart par rapport à son cours naturel le submergeront, conduisant à son effondrement et à sa destruction.
Dans les systèmes naturels, ce mécanisme est idéalement intégré. Dans les systèmes artificiels, les êtres humains, par essais et erreurs ou par études scientifiques, ont pris conscience de la nécessité d’un tel mécanisme. S’ils échouent à le mettre en œuvre, la durée de vie de ces systèmes sera très courte. Par exemple, considérez un chauffe-eau simple. Il se compose d’une source de chaleur et d’une source d’eau. Si le constructeur néglige d’installer un thermostat, l’appareil peut fonctionner un certain temps, mais dès que la température dépasse le seuil normal, il finira par exploser faute de mécanisme pour réguler sa température.
De même, dans les voitures, nous voyons des mécanismes tels que des cadrans de contrôle de la température, des ventilateurs automatiques et des radiateurs pour garantir que la température de ces dispositifs reste dans des limites acceptables. Ces ventilateurs et radiateurs font partie des systèmes de régulation, qui relèvent de la deuxième loi des systèmes et aident à restaurer l’équilibre, assurant ainsi la survie du système. Le thermostat qui contrôle la température, en revanche, fait partie du mécanisme d’auto-régulation de l’appareil.
Dans les systèmes naturels, l’auto-régulation est efficacement intégrée. Les spécialistes peuvent s’inspirer de ces systèmes pour créer des mécanismes d’auto-régulation dans les dispositifs créés par l’homme. Par exemple, dans le corps humain, il existe un réseau très complexe de nerfs qui transmet chaque action corporelle au cerveau. Lorsqu’une partie du corps devient infectée, le nerf associé signale immédiatement au cerveau par la douleur. Bien que la douleur soit désagréable, elle est l’un des mécanismes de protection les plus vitaux, permettant de préserver la santé du corps. Ce système d’auto-régulation, présent chez tous les organismes vivants, permet au corps de trouver la solution la plus appropriée pour restaurer la santé.
– Les Mécanismes d’Auto-Régulation dans les Systèmes Sociaux
La présence de mécanismes d’auto-régulation dans les systèmes sociaux est encore plus cruciale que dans les systèmes naturels ou artificiels. La raison en est que l’échec d’un système créé par l’homme peut entraîner la défaillance d’un appareil, et bien que cela puisse avoir des conséquences sociales, les dommages sont limités. Cependant, lorsqu’un système social rencontre des problèmes structurels, il ne s’agit pas seulement de la perte de quelques vies ou de la défaillance d’un dispositif. Nous faisons face à des problèmes sociaux généralisés tels que la pauvreté, l’injustice, la dépendance, le chômage et la mort de plusieurs générations.
Les coûts d’une absence de mécanismes d’auto-régulation dans les systèmes sociaux sont bien plus importants et profonds que dans les systèmes naturels ou artificiels. Les systèmes sociaux sont créés par l’homme, mais contrairement aux systèmes artificiels, qui sont formés d’outils matériels, les systèmes sociaux résultent des relations rationnelles et coordonnées entre les individus.
– Les Institutions ou Organisations Responsables de l’Auto-Régulation dans les Systèmes Sociaux
Comme mentionné précédemment, tous les systèmes doivent disposer de mécanismes d’auto-régulation; sinon, le système se désintégrera et s’effondrera rapidement. Selon la première loi des systèmes, tous les systèmes sont soumis à la loi de l’entropie, qui mène au désordre et à une tendance à la dissolution. La deuxième loi de la thermodynamique dans l’univers le confirme également, en stipulant que peu importe la puissance, la cohésion ou l’auto-régulation d’un système, il perdra de l’énergie avec le temps. L’énergie perdue excédera toujours légèrement l’énergie obtenue grâce à son fonctionnement, conduisant inévitablement à la fin du système.
Le cycle de vie d’un être humain illustre ce phénomène, où le taux de déclin chez une personne âgée est beaucoup plus rapide que chez une personne jeune. À mesure que l’être humain vieillit, l’énergie perdue dépasse l’énergie acquise, accélérant le déclin physique.
Par conséquent, le rôle des concepteurs de systèmes, des planificateurs et des créateurs tels que les médecins, les inventeurs et tous ceux qui s’occupent de maintenir les systems n’est pas de rendre le système immortel, mais de fournir des conditions permettant au système de fonctionner correctement le plus longtemps possible, maximisant ainsi sa durée de vie potentielle en fonction des technologies disponibles.
Un système capitaliste, comme tout autre système qu’il soit esclavagiste, féodal ou communiste ne peut pas durer éternellement. Ce que les humains peuvent faire, c’est créer un système qui maximise l’équilibre, l’entropie et l’auto régulation, permettant ainsi à ce système de fonctionner efficacement pendant des siècles avec des perturbations minimales et une efficacité énergétique optimale.
Si nous coupons le réseau nerveux d’un organisme vivant, tel qu’un être humain, le système naturel et organique du corps peut continuer à fonctionner pendant un certain temps. Cependant, lorsque des microbes et des virus attaquent cet organe, aucune alerte ne se déclenche et l’être vivant ne réagit pas. Dans de telles circonstances, lorsque l’infection se propage dans l’ensemble du système, ce dernier devient inopérant, ce qui mène finalement à sa destruction et à sa dégradation. Cela suit les lois systémiques, et il n’y a aucune échappatoire à cela. De même, le système nerveux au sein d’un système social peut également être coupé. Par exemple, on pourrait instaurer un régime à parti unique dans un pays, interdire la liberté d’expression et d’opinion, fermer les journaux libres et contrôler les médias, la radio et la télévision. Le résultat serait un système social “sans nerfs”, et comme tous les systèmes, il pourrait survivre pendant un certain temps sans son mécanisme d’auto-régulation. Mais une fois que la corruption envahit le système, il n’y a pas d’autre issue que la mort, la dissolution et la dégradation. En d’autres termes, la durée de vie d’un système qui pourrait durer des siècles est réduite à quelques décennies, et le système se désintègre.
Par exemple, le régime à parti unique et la censure impériale en Iran ont duré moins de quatre ans après que le pays est devenu un état à parti unique. De même, le régime à parti unique des Khmers rouges au Cambodge a duré environ une décennie. Même pendant cette période, le régime a exécuté un tiers de la population, soit deux millions sur six millions de personnes, pour maintenir son pouvoir. Pourtant, le résultat a été la courte existence d’une société qui n’a pas réussi à établir un système d’auto-régulation. Même l’ancienne Union soviétique, malgré la prédiction de Marx selon laquelle les sociétés sans classe ouvrière seraient exemptes de conflits, n’a pas pu maintenir son système totalitaire de pouvoir, de contrôle économique, militaire, et de l’information pendant plus de sept décennies. Notre histoire contemporaine est remplie de tels exemples, et si nous devions raconter l’histoire de ces pays, même cent tonnes de papier ne suffiraient peut-être pas à saisir toute la souffrance et la misère des nations sous les bottes de ces dictateurs.
Les dictateurs auraient pu sauver leurs pays de la destruction et de la dégradation en créant des systèmes d’auto-régulation avec un peu de prévoyance.
Comme mentionné précédemment, un autre principe gouvernant les systèmes est l’infinité de la connectivité des systèmes, c’est-à-dire que tous les systèmes sociaux sont ouverts. Chaque système est composé de plusieurs sous-systèmes, qui peuvent chacun être étudiés comme des systèmes indépendants. Par exemple, un système social est composé de cinq sous-systèmes : l’économie, la famille, la politique, l’éducation et la culture. Chacun d’eux peut être étudié comme un système indépendant. (Bien sûr, toutes les caractéristiques et lois des systèmes s’appliquent également à ceux-ci.) Par exemple, le système économique d’une société est composé de plusieurs sous-systèmes : la production, la distribution et la consommation. Le système de production lui-même repose sur une méthode de production spécifique, et dans les économies de marché libre actuelles, le système capitaliste prédomine.
Ainsi, dans un système capitaliste, un mécanisme d’auto-régulation doit également être mis en place, sinon la durée de vie du système sera relativement courte. Dans les systèmes capitalistes, les syndicats jouent un rôle clé dans cette auto-régulation. La liberté individuelle est permise dans les systèmes capitalistes. Les gens sont libres de maximiser leurs profits, ce qui, comme le suggère Adam Smith, est guidé par des mains invisibles qui finissent par rendre le profit maximal à la société. Cependant, le système capitaliste permet aux travailleurs de former des syndicats pour défendre leurs droits. Chaque fois qu’un employeur franchit la ligne, ne paie pas les droits des travailleurs, ou les exploite pour maximiser les profits, le syndicat peut appeler à une grève. Tous les travailleurs cessent le travail jusqu’à ce que l’employeur et le syndicat, représentant les travailleurs, s’assoient à la table des négociations pour parvenir à un accord. Pendant la grève, l’employeur est légalement obligé de payer les salaires et les avantages des travailleurs en totalité.
Ce mécanisme fait partie d’un système auto-régulé dans une société capitaliste. Il garantit que les employeurs ne peuvent pas exploiter les travailleurs pour plus de profit. Cependant, il est important de noter que, en dehors de ce système d’auto-régulation, aucun travailleur n’a le droit d’abandonner son travail sous prétexte de mauvais traitements. L’employeur a toujours le droit de prendre des mesures contre un employé indiscipliné, insubordonné ou qui viole les valeurs organisationnelles. Aucun syndicat ne peut défendre un travailleur indiscipliné qui, par exemple, manque le travail ou ne respecte pas les valeurs de l’organisation.
Le gouvernement, en tant que système administratif et exécutif, doit également fonctionner comme un système, et par conséquent, sa structure doit respecter les principes et les lois qui gouvernent tous les systèmes. En d’autres termes, le gouvernement ne peut pas exister comme un système puissant et incontesté dans la société sans être responsable de ses actions. Il doit y avoir un mécanisme d’auto-régulation en place qui fonctionne efficacement. Dans le cas du gouvernement, ce mécanisme d’auto-régulation inclut la législature, ainsi que les systèmes de contrôle qu’il crée pour superviser les ministères et les organisations exécutives. De plus, les partis politiques, les syndicats, et même le peuple peuvent participer à ce mécanisme. Ils peuvent rendre le gouvernement responsable en écrivant des articles, en exprimant leurs opinions dans les journaux et les magazines, et en faisant des déclarations dans les médias, qu’ils soient en ligne ou hors ligne. Ils servent de moyen pour garantir que le gouvernement fonctionne de manière responsable et redevable.
Dans cette optique, pouvons-nous encenser le capitalisme sans critique et le déclarer comme le meilleur mode de production ? N’y a-t-il pas un écart entre la théorie et la pratique ?
Non, tout d’abord, nous ne devons pas oublier la première loi : tous les systèmes sont périssables. Chaque fois que les contradictions au sein d’un système, qui sont les moteurs de son mouvement et de sa transformation, s’intensifient et se transforment en crises incontrôlables, la mort inévitable du système se produira. Deuxièmement, il y a toujours la possibilité d’un écart profond entre la théorie et la pratique. La capacité des personnes au pouvoir dans un pays à faire preuve de flexibilité et, en utilisant les principes mentionnés, revitaliser leur système de gouvernance et créer un système politique et social puissant et auto-régulé, dépend de leur capacité à planifier et à organiser. De nombreux dictateurs, en particulier dans les pays du Tiers-Monde, s’accrochent au pouvoir jusqu’à la fin et ne parviennent jamais à s’adapter ou à appliquer les principes d’auto-régulation dans leurs sociétés. Appliquer les bons principes dans la construction des systèmes peut réduire leur pouvoir individuel, mais cela prolonge la durée de vie du système économique et social et maximise le potentiel productif et économique de la communauté.
– Principes nécessaires au fonctionnement d’un système auto-régulateur dans les institutions gouvernementales d’un pays
Dans le système gouvernemental, plusieurs principes sont essentiels pour le bon fonctionnement d’un système auto-régulateur.
Premier principe – La séparation des pouvoirs:
Le premier principe, souvent inscrit dans les constitutions de nombreux pays mais moins souligné dans les pays du tiers-monde, est le principe de la séparation des pouvoirs. Ce principe divise les tâches des trois branches du gouvernement et interdit toute interférence d’une branche dans les affaires ou décisions des autres. Par exemple, le gouvernement ne peut pas intervenir dans le système judiciaire, et inversement. En d’autres termes, le gouvernement, malgré son pouvoir exécutif, ne peut pas et ne doit pas influencer ou dicter les décisions du pouvoir judiciaire. Si cela se produit, et si une personne, qu’elle soit dans une fonction gouvernementale ou non, donne des ordres au pouvoir judiciaire, un système dictatorial est instauré, où aucun mécanisme d’auto-régulation n’est présent pour le superviser et le contrôler. Ce principe permet au système judiciaire de convoquer et d’interroger même les hauts responsables, tels que le président ou le Premier ministre, s’ils sont impliqués dans des actes illégaux. De même, ni le pouvoir judiciaire ni l’exécutif ne peuvent légiférer, ni créer des lois en fonction de leurs préférences, opinions ou besoins. Inversement, les membres du parlement ne peuvent pas interférer avec les décisions judiciaires ni s’ingérer dans les affaires exécutives du gouvernement.
Deuxième principe – La liberté d’expression:
Un système social ne peut être auto-régulateur que si le principe de la liberté d’expression est respecté. Si les gens, en particulier les experts dans les affaires sociales et économiques, ne peuvent pas exprimer librement leurs opinions à travers les médias de masse sans crainte, l’ensemble du système auto-régulateur de la société devient inefficace. Cela est comparable à un corps humain où l’ensemble du système nerveux, chargé de transmettre les signaux concernant les dysfonctionnements dans les différentes parties du corps, est coupé ou désactivé. Aucune agence de surveillance, judiciaire ou d’application de la loi, censée traiter la corruption, ne peut fonctionner sans la liberté d’expression et un système auto-régulateur fort. Dans les sociétés où ce principe n’est pas respecté et où les gens ne peuvent pas librement exprimer leurs opinions, des opportunités de diffamation, de mensonges et de rumeurs apparaissent, ce qui est très dangereux pour la société et peut avoir des conséquences irréparables. En revanche, lorsque la liberté d’expression est respectée, les professionnels des médias, en particulier les journalistes et les organisations de presse, peuvent facilement accéder à des informations transparentes et fiables. Grâce à la recherche et à l’investigation, ils peuvent distinguer la vérité du mensonge, éliminer les informations erronées et trompeuses pour fournir des données précises et dignes de confiance. Dans une société où les individus ont peur d’exprimer leurs opinions ou sont contraints de dissimuler leurs véritables points de vue, le terrain est propice à l’hypocrisie, aux mensonges et à la tromperie, ce qui favorise la corruption et la duplicité dans la société. Lorsque les gens sont libres d’exprimer leurs opinions, cela ouvre un espace pour les débats, les discussions et les critiques, contribuant à la génération de nouvelles idées. Le choc des idées différentes aboutit à une synthèse des opinions, et ce processus constant de synthèse favorise la croissance et le développement de la société.
Troisième principe – La liberté de la presse et l’élimination de la censure:
Le troisième principe, qui est étroitement lié au deuxième, est la liberté de la presse. Un système social ne peut être auto-régulateur que lorsque la presse est libre de fonctionner. Cependant, les médias doivent aussi être responsables de leurs écrits et répondre aux critiques et aux opinions contraires. Mais accepter cette responsabilité ne doit pas conduire à la censure ou à un climat de peur tellement oppressant que l’autocensure devienne la norme. C’est seulement dans un environnement de presse libre que les responsables gouvernementaux et autres décideurs ressentent qu’il existe un système invisible qui surveille leurs actions et comportements. Dans les sociétés où le pouvoir absolu est concentré entre les mains d’un individu ou d’un petit groupe, sans qu’aucune institution ne puisse critiquer ou examiner leurs actions, la corruption et la dégradation s’installent rapidement. Par conséquent, bien que les médias, en particulier la presse, ne puissent pas à eux seuls être le mécanisme auto-régulateur de la société, ils peuvent jouer ce rôle uniquement lorsque les principes nécessaires au fonctionnement démocratique, en particulier la liberté d’expression, une presse libre et l’absence de censure, sont en place.
Quatrième principe- La pluralité des partis politiques divergents:
Comme mentionné précédemment, le principe de la pluralité des partis politiques divergents est une autre condition essentielle à l’émergence d’un système auto-régulateur dans les sociétés civilisées. Les partis politiques sont des outils et instruments du système auto-régulateur, mais ces outils ne sont efficaces que lorsqu’il existe une pluralité de partis divergents. Ces partis, à travers la compétition, les débats continus et les luttes non violentes et pacifiques pour le pouvoir, empêchent tout abus de pouvoir de la part d’un parti. En revanche, si le gouvernement permet uniquement aux partis alignés ou « loyaux » d’opérer, un monopole ou une concentration du pouvoir se forme, ce qui désactive effectivement le système auto-régulateur.
5. Cinquième principe : Séparation de l’organisation et de la politique
Ce principe s’applique aux organisations et au secteur de la gestion des pays. Il signifie que l’organisation et la division du travail au sein des organisations ne doivent pas être dépendantes des affiliations politiques des partis. Dans les pays démocratiques où plusieurs partis politiques sont actifs, des élections sont organisées régulièrement, et un parti remporte la campagne politique pour former le gouvernement et prendre en charge l’administration de l’État. Cependant, si le parti au pouvoir, après sa victoire, nomme ses propres affiliés dans les organisations gouvernementales tout en renvoyant ceux qui ne sont pas affiliés, cela entraîne un désordre social, une insécurité et une instabilité professionnelle, perturbant ainsi l’ensemble du système auto-régulateur au sein de la communauté.
Dans les organisations, les individus acquièrent des rôles sociaux, et lorsqu’ils font partie de diverses organisations, ils fonctionnent comme le réseau de nerfs dans le corps humain, facilitant ainsi la communication sociale et la circulation fluide de l’information dans la société. Si le parti au pouvoir, après chaque élection, crée un environnement homogène et exclusif en déplaçant et en remplaçant des individus, le système auto-régulateur de la société cesse de fonctionner. Par conséquent, selon ce principe, aucun gestionnaire n’a le droit, une fois élu, d’expulser les membres des partis opposés de leurs organisations. Ignorer ce principe non seulement affaiblit le système auto-régulateur, mais favorise également l’hypocrisie et la tromperie dans la société, amenant les individus à dissimuler leurs véritables croyances, opinions et identités.
Ce principe, en réalité, renforce l’auto-régulation des bureaux publics et des organisations gouvernementales et empêche les responsables de renvoyer les non-affiliés pour y placer leurs propres membres dans une économie de marché libre. Le mécanisme d’auto-régulation repose généralement sur la diversité et la multiplicité des individus et des idées. Si tous les employés d’une organisation partagent la même idéologie et valident constamment les points de vue des autres, alors toute forme de supervision, d’investigation ou de critique devient redondante et dénuée de sens.
6. Sixième principe : Non-monopolisation des médias de masse
Aujourd’hui, les médias de masse, en particulier la radio et la télévision, dans toute société, représentent un système incroyablement puissant qui peut créer, générer et propager n’importe quelle pensée, opinion ou action au sein de la société à travers ses campagnes médiatiques planifiées et intenses. Bien que dans une société libre, il puisse sembler que chaque individu est libre de prendre des décisions et d’agir selon sa volonté, la réalité est que même un individu libre est encore soumis à des influences. Les normes sociales et les pressions sociales obligent souvent les individus à se conformer à ce qui leur est imposé, directement ou indirectement. Les individus sont continuellement influencés par les événements qui les entourent, et les médias de masse, en particulier la télévision et la radio contrôlées par l’État, jouent un rôle important dans la formation de leurs perspectives. L’influence de cet immense appareil médiatique est si profonde que les pays capitalistes avancés ont reconnu que si ce pouvoir immense est entre les mains du gouvernement au pouvoir, le parti au pouvoir restera toujours en place. En d’autres termes, le gouvernement peut utiliser la propagande médiatique et même manipuler les informations et les nouvelles pour convaincre le public que le parti au pouvoir est le meilleur, garantissant ainsi que le parti remporte toujours la majorité des voix à chaque élection.
Cette prise de conscience a conduit à des appels en faveur de l’indépendance des systèmes nationaux de radio et télévision vis-à-vis de l’État. Certains de ces pays, qui considéraient l’auto-régulation de la société comme une condition préalable à la poursuite du progrès social, ont partiellement appliqué ce principe. Cependant, à mesure que les systèmes capitalistes se sont développés et que le pouvoir des médias s’est étendu, ce système médiatique ne reste plus un monopole gouvernemental, et aujourd’hui, tout investisseur, parti politique ou organisation peut créer et exploiter un réseau de télévision privé. Par conséquent, ce principe a évolué vers l’idée de diversité et de privatisation des médias de masse.
Cela dit, avec l’expansion rapide de ces médias et la prolifération des réseaux de communication virtuelle, il convient de reconnaître que le monde aujourd’hui fait face à une crise sociale majeure. Le pouvoir incontrôlé de ces plateformes médiatiques est devenu tel que, à moins que la société, aidée par les institutions familiales et éducatives, n’apprenne aux enfants la bonne façon d’utiliser ces outils, les préjudices liés à leur mauvaise utilisation seront bien plus importants que leurs avantages. Plutôt que d’imposer des interdictions, des pressions et des rejets de l’État, ce qui ne fait que favoriser la résistance et le conflit, la société devrait se concentrer sur l’orientation des enfants à travers les systèmes familiaux et éducatifs. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons sauver la société du chaos des médias incontrôlés, tant réels que virtuels.
Si ces deux institutions – la famille et l’éducation – peuvent enseigner aux enfants la différence entre le bien et le mal, et leur donner la capacité de distinguer le bon du mauvais, la plupart des individus utiliseront correctement ces outils, et la voie du progrès social sera ouverte. Bien entendu, comme dans toute société, nous devons nous attendre à ce que certains individus choisissent le mauvais chemin, et cela fait partie de la nature humaine. Comme le suggérait Durkheim, l’anomie est une partie inhérente du comportement social, et il est impossible de l’éviter. Cependant, en élevant et en guidant nos enfants, nous pouvons les détourner des comportements déviants. Au lieu d’imposer le bon chemin, nous devrions les élever de manière à ce qu’ils le choisissent eux-mêmes.
Ainsi, les médias de masse, y compris la radio et la télévision, avec leurs vastes capacités de recherche, peuvent découvrir et refléter la corruption sociale au sein de n’importe quel individu, groupe, organisation ou institution. Ils peuvent aussi créer des espaces pour le débat, la discussion et le dialogue qui facilitent la découverte de la corruption et des déficiences, et transmettre ces informations à la société. Si les médias ne sont pas soumis au contrôle individuel ou gouvernemental, le potentiel de désinformation, de censure et de distorsion de la vérité est réduit au minimum, garantissant que les médias remplissent leur rôle de puissant outil pour dévoiler les faits et traiter la corruption sociale.