L'Organizationalisme

La loi de la tendance à l’anéantissement (mortalité)

La première loi de la thermodynamique illustre la conservation de l’énergie et du travail au sein des systèmes fermés. Autrement dit, selon cette loi, l’énergie demeure constante et éternelle, se transformant simplement d’une forme à une autre. Ce principe suggère que l’énergie introduite dans un système fermé est restituée sous forme de chaleur, de travail ou d’autres types d’énergie, exprimée par :

Δ𝑢=𝑞+𝑤Δu=q+w

Si nous acceptons ce principe, il semblerait qu’il réfute la tendance à la mortalité des systèmes. Cependant, la deuxième loi de la thermodynamique, découverte et confirmée après la première, affirme que l’échange continu d’énergie entre le chaud et le froid conduira finalement à la fin de l’univers.

Il est impossible de construire une machine cyclique qui transfère uniquement de la chaleur d’une source froide à une source chaude. Selon l’énoncé de Kelvin-Planck, il est irréalisable de créer un dispositif fonctionnant en cycle et n’interagissant qu’avec un seul réservoir thermique. Aucune machine thermique ne peut fonctionner sans perte de chaleur à qc.

De même, Clausius a soutenu qu’un réfrigérateur ne peut pas transférer toute l’énergie absorbée d’une source froide à une source chaude sans pertes énergétiques pendant le processus.

Tous les systèmes obéissent aux deuxième et troisième lois de la thermodynamique. Par conséquent, l’énergie introduite dans un système est toujours supérieure à l’énergie qu’il restitue. Selon la troisième loi, lorsque l’énergie d’un système approche son minimum, son entropie diminue jusqu’à un niveau négligeable, ce qui signifie que le système perd sa flexibilité et son adaptabilité, atteignant un désordre interne maximal et finissant par se désintégrer.

Tous les systèmes qu’ils soient naturels, sociaux, économiques, mécaniques, physiques, organiques ou nucléaires sont mortels et tendent vers l’anéantissement. Si les conditions essentielles à l’existence d’un système ne sont pas réunies, il s’effondre ou dysfonctionne. Les systèmes sont formés par des interactions ordonnées, coordonnées et intentionnelles entre matériaux, êtres humains, énergie et idées. Leur mortalité ne découle pas de la périssabilité de leurs composants, mais de la structure qui régit leurs connexions internes.

Un système peut continuer à fonctionner même si certains de ses composants échouent. Par exemple, la mort d’individus n’anéantit pas un système social les structures culturelles et sociales persistent. Inversement, des individus peuvent assister à l’effondrement d’un système social au cours de leur vie. Un système ne peut pas se former ou fonctionner si les connexions etablie sur les lois scentifiques entre ses composants sont absentes, même si toutes les parties sont intactes. Par exemple, une révolution bouleverse les valeurs d’un ordre social existant, démantelant l’ancien système et ouvrant la voie à un nouveau, doté de valeurs différentes.

Ce principe s’applique à tous les systèmes. Par exemple, un véhicule ne cesse pas de fonctionner lorsqu’une pièce tombe en panne un mécanicien remplace la pièce défectueuse pour restaurer la fonctionnalité. Ignorer ces problèmes conduit à l’effondrement du système. Ainsi, bien que la mortalité des composants soit inévitable, celle du système provient de la perturbation de sa structure cohérente et sa loibilité scentifique.

Un système organique, comme le corps humain, est très résilient à la naissance mais perd ses capacités d’adaptation avec l’âge. Finalement, il ne peut plus résister aux déséquilibres ou aux maladies, ce qui entraîne sa disparition.

La structure de tous les systèmes est donc temporaire et résulte d’interactions coordonnées et scentifiques entre leurs composants. Lorsque ces interactions s’affaiblissent ou se rompent, le système succombe au vieillissement et s’effondre. Si les systèmes étaient immortels, ils manqueraient du dynamisme et du potentiel transformateur nécessaires à la stabilité et à l’adaptation. En essence, les systèmes existent uniquement tant qu’ils peuvent résister aux forces de mortalité (troisième loi de la thermodynamique).

Le concept d’immortalité peut être déduit (relativement) de la première loi de la thermodynamique concernant l’énergie et la matière. Toutefois, une fois que la matière prend la forme d’un système une relation ordonnée et scentifique la mortalité devient plus manifeste. Cela s’applique à toute structure, des atomes aux galaxies. Le mouvement, la force et l’énergie résultent de la tension entre les forces de mortalité et de stabilité inhérentes aux systèmes, semblables aux vents générés par les différences thermiques dans la nature ou aux courants convectifs dans l’eau chauffée.

Les puissantes forces nucléaires présentes dans les atomes proviennent de leur nature structurée mais périssable. Le système doit continuellement générer de l’énergie pour maintenir son mouvement ordonné. De même, l’énergie immense résultant du mouvement des étoiles et des galaxies provient de leur mortalité intrinsèque. Une cessation momentanée de ce mouvement ordonné entraînerait leur destruction, libérant une énergie colossale.

Dans les systèmes sociaux, les conflits de classes stimulent la production et l’innovation. Les propriétaires d’esclaves, les seigneurs, les capitalistes et les bureaucrates mobilisent les forces de travail pour maintenir la production sociale. Ce conflit favorise la transformation, l’invention et le progrès. Lorsque les forces de mortalité sociale surpassent la stabilité et la sécurité, le système s’effondre et une nouvelle société émerge, initiant un nouveau cycle de conflits et de croissance.

Si nous devions imaginer, hypothétiquement, une société sans conflit, elle serait une entité statique, inerte et sans vie — quelque chose qui se contredirait dans son essence même. L’expérience historique, même dans les sociétés communistes, a montré que le conflit existe toujours, bien qu’il prenne des formes différentes. Sans conflit, une société ne peut exister. Les sociétés atteignent un point de rupture et d’extinction lorsque les conflits de classe externes croissants surpassent les conflits de classe internes en diminution, ouvrant la voie à l’émergence d’une nouvelle société. Dans la société nouvellement formée, le conflit de classe externe diminue initialement, tandis que le conflit interne atteint son apogée. Avec le temps, le conflit interne diminue progressivement, tandis que le conflit externe s’intensifie. Lorsque ce dernier atteint son paroxysme, une autre rupture se produit, et un nouveau cycle de vie commence. Il s’agit d’une loi intrinsèque aux systèmes sociaux.

La durée de vie d’un système social peut être prolongée grâce à une planification sociale et en réduisant les conflits externes, comme cela est fait dans de nombreuses sociétés capitalistes avancées, de manière similaire aux efforts des médecins pour prolonger la vie humaine. Cependant, la loi de la mortalité est inévitable : chaque système atteint inévitablement son point final et finit par disparaître. Cela est vrai que la durée de vie soit aussi courte que celle d’un organisme unicellulaire ou d’un moustique, ou aussi longue que les milliards d’années d’existence d’une galaxie. Chaque système a un point de départ et un point final, et sa mort est certaine.

Ainsi, la société suit un mouvement cyclique et rotatif — une dialectique historique, comme l’a décrit Marx. Cependant, l’erreur de Marx résidait dans l’idée que le conflit cesserait une fois qu’une société sans classes serait atteinte. En réalité, la société continue son mouvement systémique et organisé, accompagné d’une forme d’évolution sociale. Un système communautaire se dissout et est remplacé par un système de classes, qui à son tour s’effondre, revenant finalement à un système communautaire. Ce cycle se poursuit jusqu’à la fin de la durée de vie de la Terre. Par conséquent, lorsque nous parlons de la mort d’un système, nous ne faisons pas référence à la disparition de ses composants individuels, mais à la désintégration des relations structurées et légales entre eux qui créent un système organisé et fonctionnel.

Lorsqu’un système social s’effondre, comme lors d’une révolution, il peut connaître une période prolongée de désordre et de chaos. Les conflits de classe internes peuvent même pénétrer dans l’unité familiale, entraînant un bouleversement social généralisé. Cependant, avec le temps, ce chaos interne diminue tandis que le conflit externe s’intensifie, jusqu’à ce que le système social atteigne un équilibre relatif et une stabilité. Cet équilibre persiste jusqu’à ce que le conflit externe devienne à nouveau suffisamment puissant pour unifier les forces internes, déclenchant une nouvelle révolution. Ce processus cyclique est une loi fondamentale de la société. En comprenant ces lois régulatrices, les êtres humains peuvent influencer et réguler le développement social par la planification, prolongeant ainsi la durée de vie du système. Ce principe s’applique également au monde naturel.

Les observations suggèrent que l’univers provient d’un atome primordial qui s’est étendu pendant 7 à 10 milliards d’années, ou selon une autre théorie, entre 13 et 18 milliards d’années, à la vitesse de la lumière. En 1933, Georges Lemaître a proposé que l’univers ait commencé à partir d’un atome primordial unique contenant toute la matière qui formerait ultérieurement l’univers. À un moment précis, cet atome s’est fragmenté, dispersant la matière dans toutes les directions, semblable à la fission nucléaire.

L’hypothèse de Lemaître était fondamentalement correcte, bien que des détails spécifiques soient incorrects. La science moderne a démontré que l’univers n’a jamais existé sous forme de sphère solide, comme il l’avait proposé, et n’a pas été fragmenté de la manière qu’il avait décrite. Néanmoins, Lemaître est considéré comme le père de la théorie du Big Bang. Il a conclu que si l’univers est en expansion, il devait autrefois être dans un état condensé.

L’équation d’Einstein E=mc^2 démontre que la matière et l’énergie sont équivalentes et directement comparables. Dans cette equation:

 E: représente l’énergie

 M: la masse

 C: la vitesse de la lumière.

 Ainsi, l’énergie n’est pas inhérente à la matière, mais résulte des interactions organisées et dirigée par les lois scentifique au sein d’un système. Cette énergie peut, à son tour, entraîner la matière dont elle provient, formant un système cyclique et auto-suffisant semblable à une dynamo qui génère de l’électricité pour alimenter un ventilateur, lequel contribue ensuite à produire davantage d’électricité.

Par conséquent, c’est le système l’interaction structurée et loibilitée entre ses composants qui est mortel, et non l’énergie ou la matière. L’énergie et la matière sont les produits de systèmes créés par des interactions matérielles organisées. Comme ces interactions sont temporaires et mortelles, tous les systèmes de l’univers sont également temporaires et mortels.

Ainsi, nous pourrions conclure que l’univers ne peut pas soudainement revenir à un état condensé, devenant entièrement contracté en une masse dense similaire à son point d’origine. Pour qu’un tel scénario se produise, l’univers devrait être considéré comme un système fermé, se contractant complètement pour devenir une masse de matière extrêmement compacte.

Cependant, la durée de vie des étoiles et des galaxies n’est pas uniforme, ce qui signifie qu’elles ne s’étendent pas et ne se contractent pas simultanément. Même maintenant, certaines étoiles ou galaxies peuvent être en formation ou en déclin, tout comme nous pouvons observer la mort de nombreuses étoiles lorsque nous regardons le ciel étoilé du désert.

L’univers a au moins 8 à 13 milliards d’années. Au cours de ce temps, des milliards d’étoiles sont nées, et des milliards sont mortes et ont disparu. Lorsqu’une étoile ou une galaxie atteint son point de mort, ce n’est pas la mort de la matière ou de l’énergie qu’elle contient, mais la disparition du système qui reliait ces matériaux ensemble dans un mouvement structuré et régulé.

Si nous voyons l’univers sous cet angle, nous le percevons comme un système fermé et mortel. Il commence sous la forme d’une masse dense et contractée, s’étend au fil des milliards d’années à la vitesse de la lumière, et finit par se contracter à nouveau en une masse dense. À l’inverse, si nous considérons l’univers en termes de matière et d’énergie sans prendre en compte les interactions structurées entre elles, nous pourrions le décrire comme ouvert et éternel. En effet, la matière et l’énergie sont éternelles ; seules leurs formes changent en fonction des structures gouvernantes. Ce sont les systèmes qui sont soumis à la loi de la mortalité, et non la matière ou l’énergie. Les matériaux forment les éléments du système, et l’énergie est un produit de leur fonctionnement.

Dans l’univers, nous rencontrons de nombreux systems naturels et artificiels qui existent tant qu’ils possèdent des relations structurées et coordonnées. Une fois que ces structures se désintègrent, les systèmes périssent, bien que l’énergie résultant de leurs fonctions demeure. Cette structure s’applique à tous les niveaux, des atomes individuels aux galaxies entières et au système de la création. Ainsi, l’univers contient une variété infinie de systèmes sociaux, économiques, physiques, chimiques, nucléaires, botaniques et cosmiques qui émergent ou disparaissent en fonction des besoins humains ou naturels. Ces systèmes persistent tant qu’il existe des relations cohérentes et coordonnées entre leurs composants ; sinon, ils se désintègrent.

Si nous considérons la société comme un ensemble de groupes, d’organisations et de classes sociales avec des relations logiques, rationnelles et coordonnées qui entraînent des fonctions spécifiques, alors la société est un système mortel. Cependant, si nous la voyons simplement comme un ensemble d’individus capables de former des relations structurelles illimitées, nous faisons face à un système ouvert. Les structures sociales se forment en fonction de leurs systèmes de classes, intensifiant les conflits de classes jusqu’à ce qu’ils atteignent un point de rupture et s’effondrent. En d’autres termes, lorsque les révolutions sociales perturbent cette structure, la société se désintègre. Bien que cette désintégration représente la rupture d’un système ouvert, le processus ne s’arrête pas. Les humains doivent établir de nouvelles relations organisées et systémiques basées sur de nouveaux principes et lois pour atteindre de nouvelles fonctions, ce qui entraîne la naissance d’une nouvelle société. En conséquence, la société suit un modèle cyclique de mouvement structuré et continu, semblable à l’univers en tant que système ouvert.

Si nous considérons la société simplement comme un ensemble de personnes, en ignorant sa structure sociale, elle ne peut être considérée comme mortelle tout comme la matière de l’univers. Il y aura toujours une forme de collectif humain, à moins que les conditions environnementales sur terre ne soutiennent plus la vie. Dans ce cas, ce sont les facteurs naturels et environnementaux qui périssent, et non les sociétés humaines. Les sociétés humaines disparaissent seulement si les conditions de vie disparaissent. Cependant, la société n’est pas un ensemble sans forme d’individus. C’est l’interaction structurée, rationnelle, orientée vers un but, et coordonnée entre les individus qui constitue la société, et non simplement un groupe d’individus sans structures sociales et culturelles. Sinon, nous serions en présence d’un simple troupeau d’humains, et non d’une société.

Par conséquent, la société est définie par des relations sociales organisées et structurées, rationnelles, et non par des individus non structurés. Selon cette définition, la société sera toujours un système mortel et périssable.

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